Poupée gonflable à Fribourg

Découvert hier Heino Keiji au Friart. Performance screamscape. En lieu et place de la marche des salopes, trainé mes basques paumées en direction de la poésie, ce chaudron magique aux relents parfois déplaisants d’où s’extirpent en s’étirant des remugles faisandés. On s’enferme parfois dans les mots, les régurgiter et en examiner le marc de café en fond de tasse, légère amertume sur le bitume élastique, le solaire éclate dans le ciel et rend les choses pesantes. Aperçu au tournant la cathédrale dressée dans le ciel comme un phallus d’épinal, un présage d’une descente dans le bas fond.

cathédrale de Fribourg La piscine vif-bleue enchâssée entre la Sarrine et le vert tondu rasé de près du terrain de foot, qui alterne les bandes de gazons maudits entre des lignes blanches et pures. La piscine mixte où mijotent les sardines poêlées au soleil barbecu-cantesque et le mâle terrain miroir du sexe tout puissant dominant la ville de son erection sacrée au désir sans cesse inassouvi, focus incantatoire qui m’écrase un peu plus sur le pavé collant. Le trottoir s’efface sous mes pas, dans les virages mes pieds vulnérables font pâle figure face aux vrombissement des grosses berlines ventrues, aux vitres noires, aux roues étincelantes.

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Opression. Un souffle qui peine à la sortie de la poitrine. Heino clamant sons androgynes dans un cri primal d’accouchement, s’effondre dans l’OM degenté, les maîtres zen sont si peu zen et rouges d’excitation, le bol tibétain posé sur un coussin. Trungpa et sa folle sagesse sont loin de ces sbires du spirituel bien rangé sur des coussins immaculés. Fatras positif.

Le public est si sage, le public est si bobo artiste déguisé. Tout sur le cri, et pas un cri. L’artiste trône devant nous les cons, nous les cons campent devant l’artiste et j’ai envie de hurler. Le dire du con? Con se le crie. Si MOI je criais là, ce serait du performatif terroriste? Quelle est cette force qui retient mon cri comme un chaton tout doux dans la gorge? Pour crier, dans cette expo, on vous flanque un seau sur la tête, et dans ce seau on entend les cris des autres qui font silence du votre.

Quand même. On écrit. Pris la place d’un poète performeur qui écrivait sur des feuilles blanches, écrit sur ses feuilles. J’ai pris ma place. Ma place si elle n’est pas dans la blanche  marche des salopes où est elle? Où est l’intersectionnailté fondue dans la commune des corps? Le lieu commun du CRI. Steve Jobs a fait une thérapie du cri primal et a pratiqué le ZAZen. Drôle de Zazou déambulant pieds nu frugivore devenu orange et décrochant son premier job chez Attari grâce à son hippie style chicos de la silicone valley. Valley of the dolls. Est-ce l’affairisme artiste des années seillepotentes, les hippies remugles remontés de la potion magique des druides de l’extasie des années onctueusesoctantes?

C’est déjà vu, déjà pris, déjà fait. Has been. Quand même, créer cette frustration est quelquechose.

Jobs est mort d’un cancer. Bouffé par la gangrène du pouvoir. Il a croqué Wozniak qui voulait donner la pomme au monde. Je la vois tous les jours briller en vif argent avec la marque des crocs.

Quand même on écrit. Je m’écrie sur des mots qui ne sont pas les miens. Je hurle un poème du Boomerang dans un haut parleur de tissu. Un poème qui vocifère et glane de ci de là des viscères nues se tordant sous le feu du soleil. Je ne crois pas si bien dire ce qui d’autre me tombe dessus avec le soleil et l’ordre la norme patriarcale.

Heino accouche. L’OM veut accoucher depuis longtemps. Il veut annihiler la différence se fondre dans la masse, devenir Autre, penser à la place de l’autre, mais si je mets à la place des autres où se mettront illEs? Preciado a-t-elle toujours sa moustache? That is the question. Les poils sous mes aisselles sont venus par lisser agir, la moustache de Preciado par la puissance créatrice de la distorsion de la réalité et l’ingestion de mâles hormones. Comme Jobs, elle pense que vouloir une chose avec force est dans le domaine du champ de distorsion de la réalité.

Quand même. Il y a des choses à prendre. Gossip as direct action. Vélos imaginaires déroulés à l’infini. Remugles des égouts lancés à la volée comme des boomerangs.

Mes pieds ont suivi le bord de la route, à gauche la Sarine, à droite les caisses rutilantes. Quatre gars baraques sortent d’une merce noire avec une poupée gonflable, gonflés à blocs. Ils sont grands, ils parlent fort, ils sont musclés, ils sont parfumés d’un truc sentant le gazon lagerfeld cuir clouté. J’avais un ami albanais qui est parti pour ne pas m’écraser. C’est moi qui suis partie? Un des gars approche son sexe du pubis en plastique en riant, et lèche le téton chaud rose proéminent du sein plastic. Me lance un regard, de biais. Lourd. Direct. Plexus foudroyé.  Cette passion pour les seins de la silicone chirurgie, durs en plastique n’a pas de bornes. Mes pieds suivent la courbure de la route épousant la ligne de la Sarrine, pas d’échappatoire entre la falaise, la route et la rivière chantante. Un canard, passe rasant le fil de l’eau. Prend garde au canard, mon canard. J’écarte mes jambes à la hauteur de la poupée, je campe dans mes talons, je descend mon souffle dans le ventre et je plante mon regard aiguisé dans les yeux du gars qui tient la poupée-qui-dit-rien.  il ricane, la serre contre son bas ventre en me regardant, hilare. Ils sont des anges dressés de désir, ils sont des anges noirs sous le soleil, des anges de cuir souple arraché aux carcasses sanguinolentes, ils sont les piques du destin qui retourne la barbaque sur les charbons pour la rendre propre à la consommation. La chair crue attire les crocs. Ils sont le plastique désinfecté des excisions. Ils sont l’inquisition qui tue le désir utérin, ils tiennent la poupée par la main.

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Mais quand même. J’ai une force immense dans mes pieds, mes palourdes de mammouthe, je m’arrête et je pense si tu me casses la gueule tu finiras tes jours sur twitter. Sous la cathédrale dardant ses piques dentelées qui déchirent le ciel, écrasée sous le soleil, je regarde les gars qui vont emmener la poupée plastoc pour la sauter dans l’espace mixte de la piscine azur où les jeunes sardines se terrent en banc volatiles enfermées dans les filets des bacs restreints de la norme. Un jeune sort de la merce, le regard gêné. On sait que je pourrais être sa mère. On le sait tous les deux, stabat mater, il faudrait que je souffre et je pleure et le respect sacré giclerait sur les larmes de sel pour me purifier et me certifier que je serais en sécurité.

Mais quand même. Je suis un chêne centenaire accueillant les ronds des elfes, je suis l’eau de la Sarrine qui coule irrépressible à deux pas, faisant sauter les sardines sur les cailloux glacés comme un jeu de ping pong. Mon cri jailli du silence  s’enferme aussitôt dans les mots. Le cri de l’expo suinte, un goutte à goutte tranquille, à peine une respiration.

Quand même, cette frustration d’être spectatrice aura eu du bon.  J’en peux plus, qu’ils assument, qu’ils me cassent la gueule, ou qu’ils rangent cette poupée-qui-dit-rien. Le jeune prend la poupée et la jette dans la voiture, soupir, et d’un geste du doigt la merce émet le couinement du chien déçu, fait clignoter ses pupilles oranges. Je dis merci en albanais. Falerminderit. Il sursaute, se retourne, me sourit, triste. Il hausse les épaules, un de ses potes lui tape l’épaule. On rit plus. C’est la débandade. La poupée fond sur le cuir noir de la voiture, les ongles roses et le bleu vif une spirale esquissée sur la peau rose bébé. Un monceau de chewing gum collant, le bouchon transparent bouclant l’air résiste plus longtemps. Consommable jetable. Comment le souffle sort de sa poitrine fondante? This is not a love song. Ce n’est pas non plus la non déclaration d’amour.

Une partie de cette histoire est fausse, une partie est vraie, une partie est ma distorsion utopique. Une partie critique le cri sans vouloir. Je suis noire, je suis la noire, je ne peux pas ne pas voir le noir partout, le noir du voile invisible, la burkha de chair. Je pousse mes pas sur un trottoir sécuritaire qui disparait sous la loupe. Alice rentre au pays, le chaudron magique entre en ébullition. Je suis un tube sur patte rempli de liquides digestifs en surchauffe. Je ne sais plus crier mais j’apprends. Je ne sais plus obéir mais je n’ose pas désobéir. Ma réalité m’a accouché comme une petite crotte gluante sur le macadam, un golem façonné par les mots le souffle le cri. Une poupée désarticulée. Mais quand même.

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Puissance intérieure

mes trucs d’ado
master of puppets
rime of the ancient mariner
sleep my friend and you will see
the dream is my reality
they keep me locked up
sanatarium leave me
just leave me alone
c’est le chaudron magique
druide au féminin
qui a accouché
de la femme révoltée
parce que Camus l’avait oubliée
et Sartre débauchée
et Derrida dépoussiérée
et Thiers Vidal
le vent l’emportera
Un homme ça s’empêche
et une femme ça se débride
pour pousser une braillante
rien de tel
que
Sanatarium!!!
Leave me be
you pull the strings
and I keep reaching up
Aces High
run to the hill
run for your life
London calling
And I live by the river
you can kick us
you can bruise us
Remember the Brixton’s gun
Babylone was burning
with anxiety
The pogo riots
where nothing else
than sweat and fury
mattered girls wanna have fun

she bop

toute première fois
breaking free – moving
I have never forgotten
the fierce freedom
j’ai tiré de quoi alimenter
une révolte déguisée
des mâles métalleux
et puis j’ai tiré la chasse
pour pas voir
pour pas voir les nanas nues

se tordre comme des couleuvres

sous les néons coupant

les prismes déformant
les playboys sous les lits crasseux
aux longs corps blancs corsetés de clous
de fils de cuir torsadés

et les jets putréfiés

de bonne morale outragée

Elles brisées

Justice
Juste hissée
J’eusse tissé
Jus se tisse
J’eu ce tisse

Egalité
Est galleïté
Et gale mité
Egale pitié
Egg alité

Rage
Désespoir
Race Bobo Rouge

A manger dans la main du géant

à mater
le pieu dressé pour t’empaler

sur le râle de la soumission

un cri un mot
pour l’angoisse qui se tord

Justice!

Ce soir je m’envole
par la fenêtre ouverte
un instant seulement
avoir des elles alliées
et pas des ailes aliénées

j’ai tapé ailes brisées
voilà ce qui est sorti
Des pressions
Dépression
Des expressions
Désexprimer
Prima donna
Queen B montée sur piédésdales
Brailler à bon escient
Braillera bon étiolés

Elle n’est pas là
Elle passe
Elle n’aime pas la
Passe action

je voulais de
ta main de déesse
recevoir l’onction
de tes mots de pluie

tu m’as renvoyée
ivresse de l’ire

apanage des anges blessées

écrabouillant leurs soeurs d’infortunes
les anges aux ailes arrachées

triturant leurs mèches folles

maudissent leurs soeurs déchues

je voulais de ta bouche recueillir

la douceur de la mer

mais tu as tourné tes châles bleus

d’ether cotonneux

pour me noyer dans l’oubli

et ma soeur

j’ai mâle

j’émaille

Gèle malle

J’ai le mal

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Candide optimisme

Ca roule ma poule. Sourit, serre les fesses, et tout ira bien. Surfant sur la vague rose de la béatitude, l’heure est propice au post de « gratitude ». Il s’agit dans ces posts de cultiver l’onctueuse reconnaissance que l’on a de vivre dans le meilleur des mondes possibles, celui où tout s’équilibre par la main invisible. L’idée brillante derrière le concept est la suivante: même si on est plein de rancoeur à cause de la crise des subprimes qui a foutu les économies de retraitées en l’air, même si le virus ebola extermine les pauvres hères, même si la concentration de propriété n’a jamais été si forte et l’apanage du pouvoir concentré à dose homéopathique chez quelques privilégiées, même si la souffrance, les guerres et la violence semblent omniprésentes, il faut rester positif, car c’est en restant positif que l’on peut construire.

La rage, la colère ne peuvent que détruire et vous isoler du RDM (reste du monde), dans un cercle vicieux dont vous êtes nécessairement le héros solitaire et tout puissant (parce l’héroïne c’est pas la bonne came), c’est vous qui avez les cartes de votre destin en main, même si les cartes proprement dites ne sont pas les mêmes pour tous, l’Art de les disposer et de les mélanger à votre guise devrait vous suffire pour vous en sortir, à condition de rester optimiste. Mille sabords!

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Ca donne des trucs kafkaïen quand même. Victime de viol ou de violences conjugales? Cesser d’angoisser, tourner la page, la résilience vous donne les outils pour oublier. Victime d’inceste? Lisez Gardner, il vous explique pourquoi c’est mal de dire que c’est mal à un enfant, cela ne fait que renforcer le traumatisme. Il y a un moment même ou aligner sans cesse les stats de la discrimination devient une partie du processus d’aliénation. Quand on ne peut changer le cours des choses, mieux vaut en rire. Donc on poste des trucs supers positifs sur Face Book, de soi-par-soi-pour-soi avec amis, familles, voitures, en vacances, au soleil. Pleins de jolies couleurs et de gratitude zen, des selfies sous toute coutures, on est résilientE surtout quand on a été violéE, battuE. Même les mortEs doivent afficher cette belle sérénité. Enfin c’est terminé! IMG_5183

On pense avoir trouvée la panacée dans quelques philosophies orientales dont on ne connaît pas les ressorts mais juste les artifices clinquants, pour recopier notre passé sans changer une virgule ni un iota.

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Cela a un nom: le déni, et cela a même déjà laissé des traces vite effacées dans le sable blanc par la vague déferlante des bien-pensantEs. Entrez dans n’importe quel temple bouddhiste, et installés là à coté des Bouddhas souriants et méditatifs se trouve des Bouddhas rouges de colère, portant des peaux de tigres écorchés vifs et brandissant des armes. Du yoga des Indes on oublie vite Shiva le destructeurs des mondes à reconstruire sur les décombres de la rage.  Nous ici on ne retient que le sourire de Matthieu Ricard et ses photos safaris-des-pauvres-qui-sourient. Oubliant que le moteur de la paix zen est d’abord une intense colère contre l’injustice du monde, une intense frustration dont il s’agit d’orienter l’énergie pour justement construire autre chose. Sans colère pas de force. Sans ressentiment pas de changements.

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La plus grossière erreur consiste à ne pas même savoir qu’on a sous nos latitudes occidentales déjà abordé le sujet, et fait le tour de la question. Les Docteurs Pangloss et le meilleur des mondes possibles ont déjà été dénoncés par Voltaire. Il appelait cela être Candide (du titre du conte du même nom) une espèce de béatitude endormie qui profite surtout à ceux qui ont leur place bien établie. Qui font taire les velléités des moins nantis en leur hurlant « Hou les vilainEs, arrêter de râler » vous n’aurez de toute façon pas mieux puisque on a là la répartition optimale des ressources dont on dispose. Candide va peu à peu questionner, puis remettre en cause son optimisme à toute épreuve. Ben non, c’est pas top du tout là mon pote, c’est la M. Bordel! (dirait Yoanna).

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Si donc vous persistez dans cette saine habitude des posts gratitude, essayez de réduire le champ de vos remerciements à quelque chose dont le RDM sans exception pourrait se targuer, et là, mis à part la couleur bleue du ciel, le sifflement du vent et la vie qui s’éver-tue, il n’y a pas grand chose. L’amour, le gîte, la famille, les vacances, les amiEs, les sujets paquebots du style-j’ai-enfin-réussi-mais -pas-toi-alors-laisse-moi-jouir-de-mes-privilèges-en-paix ne sont pas très gratifiants pour les autres.

Il y a des posts généreux, charitables même. Ceux là sont des plus pernicieux.  Ils vous incluent dans quelque cause par vos deniers virtuellement distribués. Sous la plume de Pierre Choderlos de Laclos dans les Liaisons dangereuses en 1782 voilà que l’humble élan charitable devient un pathos ambigu, dont le but inavouable est le plaisir de celui qui contemple, un rien sadique, cette misère: « J’avouerai ma faiblesse ; mes yeux se sont mouillés de larmes, et j’ai senti en moi un mouvement involontaire, mais délicieux. […] J’ai trouvé juste de payer à ces pauvres gens le plaisir qu’ils venaient de me faire. J’avais pris dix louis sur moi ; je les leur ai donnés. Ici ont recommencé les remerciements, mais ils n’avaient plus ce même degré de pathétique : le nécessaire avait produit le grand, le véritable effet ; le reste n’était qu’une simple expression de reconnaissance et d’étonnement pour des dons superflus. » (Lettre XXI)

J’ai trouvé un matin, en me promenant avec la chienne ce graffiti féministe : Alors, ça coule ma poule?  C’est pas dangereux une poule, tout le monde sait qu’elles n’auront jamais de dents. Quand à savoir si les doux roucoulements sauveront la blanche colombe, je n’en doute pas. Ils la couleront. Quant à moi, je suis une grenouille à grande bouche.

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Animatou : la passion des animes

C’est quoi l’animation? C’est la bouche ouverte d’un enfant devant un écran de couleurs animées, la magie d’une histoire qui vous emporte. Le festival Animatou à Genève apporte un plus: l’interrogation, l’angle d’approche qui met un certain esprit critique en marche. Lisez ma chronique en ligne dans le journal Le Temps

Mobile Animatou le festival qui questionne

Version complète : Animatou le festival qui questionne 

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