Les géraniums

Ce matin j’ai regardé les géraniums sur mon balcon, les tiges desséchées par le manque de soin. J’ai regardé les yeux mornes du ciel sur le béton, j’ai calculé la distance de chute d’un corps sur le béton, la probabilité qu’il reste empêtré dans sa chute dans les fils éléctriques du tramway.

J’ai imaginé le courant bruissant du fleuve passant sur les déchets, brassant les neiges et les boues et les cailloux, et j’ai laissé le rayon de soleil secouer le fond de mon oeil.

J’ai regardé tout ce qui n’avait pas été arrosé depuis longtemps, mais le chemin pour tendre le bras vers l’arrosoir est long.

J’ai regardé tout ceci appelé à disparaitre balayé par le temps, tout ceci qui n’est pas si important, et j’ai fermé les yeux.

Ces jeux lugubres encerclent toute volonté de pousser, des tentacules paralysants. Le venin instille sa dose létale à distance, les dominos sont prêts à tomber, un mot un mot peut renverser le fragile équilibre. Mais qui peut parler de la sorte? Pas le géranium. Ecouter ici la chanson de Yoanna Funambule serait approprié. De fil en aiguille le funambule se tortille.

Les couleuvres sevrées se tordent nues sous le soleil. Un ventru personnage mesure la ceinture de chair englobée dans son regard, et ignore l’histoire de la petite fille aux yeux mornes, les cernes. Le jeune loup aux dents longues raye le plancher et Blanquette sa fourrure toute blanche souillée sait, après avoir senti les effluves des prairies aux herbes odorantes que l’hiver vient. Il n’y a rien à perdre, rien. Un couteau, une gorge, 5 minutes. Un bois, des feuilles, le calcul de la trajectoire du sang. Le bois de la Bagasse, le bois d’Avault. Ne pas mettre de noms surtout, mélanger les traces, préparer la mouture et badigeonner généreusement.

Au bout, la mort qui se suspend. De près de loin, ça c’est important.

La main fermée sur la rambarde de fer, j’ai imaginé ce qui se passerait.

Ne pas reculer. Tout se joue en un instant, un seul, une espèce de frémissement dans le coeur. Voilà comment cela se joue, une impulsion si simple, si rapide, et pourtant. Le chemin est long.

L’arrosoir est là. Le géranium attend, le chien regarde de ses beaux yeux sombres.

Le café poussera tout ça dans l’estomac, la rue bruisse, la pluie plisse, la pente glisse.

Il reste que j’ai une plume, une plume bien trempée, une palette bien touffue, et le béton c’est moins bô que la douce senteur des géraniums qui montent.

Les dragons sont réveillés leurs yeux luisent. La voie tracée par le diamant sur le verre, qui tranche, qui contemple le jeu cruel pour danser sur le toit de l’enfer  en regardant les géraniums…

Les rêves sont plus sinueux que le béton, au final.

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